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Depeche Mode 1982

Depeche Mode : 1980-1981

Neil Ferris (Plugger) > Depeche Mode était né, pour les médias en tout cas, neuf ou dix mois auparavant, Dan nous dit : "Vince a décidé de quitter le groupe". J'ai répondu : "Il ne peut pas quitter le groupe, on a enfin du succès, on vient d'avoir trois tubes et Vince décide de partir".

Vince Clarke > C'était fait, oui... C'est comme le fait de quitter sa copine, tu ne peux pas changer d'avis.

 

Dave Henderson (Music Journalist) > Je crois que certains se sont dit : "Ils vont imploser maintenant, qu'est ce qui va se passer ? Il ne va plus y avoir de Depeche Mode". Je me souviens que les gens voulaient savoir ce que Vince allait faire.

Martin Gore > Il nous l'a annoncé à un moment bizarre, je ne suis même pas sûr que l'album était déjà sorti.

Vince Clarke > Je faisais tout le temps la gueule, ils savaient que j'allais faire quelque chose, on a commencé à se disputer de plus en plus, surtout dans le bus, en tournée, et j'en ai eu marre c'est tout.

Dave Gahan > Il est venu me dire : "Je ne crois pas que c'est ce que je veux faire, je n'aime pas répondre aux questions, ni les interviews, ni la télé, je n'aime pas partir en tournée..." Il m'a répondu tout ça. Je lui ai dit : "Vince, c'est ce qui va se passer".

Vince Clarke > Je crois que le groupe était très énervé, ils ont pensé que je les laissais tomber.

Martin Gore > Je pense qu'il a pensé qu'il pourrait y arriver tout seul.

Vince Clark > Lorsque j'ai quitté DM, j'ai cru que je ne ferais plus jamais de musique, j'ai fait une démo pour Alison Moyet, j'ai fais écouter cette démo à Daniel, qui m'a montré un peu d'intérêt.

Daniel Miller > On était sous le choc, mais personne n'a pensé que c'était la fin du groupe. En fait, le groupe en particulier était décidé à passer à autre chose.

Neil Ferris > Je me souviens des mots exacts de Dan : "Ne vous inquiétez pas, ça va aller, Martin peut écrire des chansons". Je me suis dit : "Quel pétrin !".

 

Andy Fletcher > On n'était pas si inquiets, cela aurait inquiété n'importe qui de voir partir son auteur-compositeur, mais nous n'y avons même pas pensé, on a continué.

Daniel Miller > On a d'abord pensé à trouver un remplaçant. Le groupe a d'abord choisi de ne pas prendre un remplaçant à part entière, mais il leur fallait un second clavier pour les concerts.

Andy Fletcher > On a placé une annonce dans NME pour un joueur de synthé de moins de 21 ans.

Alan Wilder > J'avais fait partie de plusieurs groupes avant cela, à ce moment la, je recherchais un boulot pour gagner de l'argent, j'ai vu l'annonce dans Melody Maker, et j'ai presque deviné qui c'était, même si l'annonce ne le précisait pas, je venais de lire la semaine d'avant qu'ils avaient perdu un membre, je me suis dit : "C'est sûrement Depeche Mode", même si je ne savais pas grand chose sur eux à l'époque.

Dave Gahan > On a mené les auditions à Blackwing et tous ces personnages étranges et merveilleux se sont pointés, ils étaient tous super bien habillés, mais ils ne savaient pas jouer. Et puis Alan est arrivé et il pouvait tout jouer. On a voulu le coincer en lui demandant de jouer une ligne de basse et une mélodie en même temps, il l'a fait, et on s'est dit : "Ouah, ce mec est incroyable".

Donc on l'a engagé, on l'a payé une somme ridicule, autour de 100 livres par semaine, on l'a payé 100 livres par semaine pendant deux ans, jusqu'à ce qu'il demande : "Je suis dans le groupe ou pas ?".

Andy Fletcher > On a fait Top Of The Pops, puis on a pris le concorde pour notre premier concert. On n’était montés sur scène au Ritz qu'à trois heures du matin, tout nos synthés ne marchaient pas, il devait être 5 heures du matin quand on est sortis du Ritz, et ce mec crie : "Qu'est ce qu'il s'est passé ? Vous étiez bons avant".

On se souvient tous de ce commentaires et de la manière dont il nous a cassé le moral. C'était une des ces tournées... Elle n'a pas eu beaucoup de succès, évidemment, on s'est dit que l'on ne plairait jamais aux Américains.

 

Daryl Bamonte (Tour manager & Band Assistant) > Les trois autres ont décidé de faire A Broken Frame eux-mêmes, où ils auraient eu l'impression qu'Alan tirait les ficelles, comme cela avait était le cas avec Vince. C'était troublant, certains fans ont pensé qu'après la première tournée, Alan était parti. L'album est sorti et son nom n'y figurait pas, ils voulaient prouver qu'ils en étaient capables.

Dave Gahan > On est rentré en studio, et Martin a reçu la tâche difficile de composer dix morceaux.

Daniel Miller > Je ne connaissais pas trop ses chansons mais les autres y croyaient.

Martin Gore > Je crois qu'à l'époque, j'ai trouvé ça excitant, j'étais le choix tout désigné, parce que Dave n'avait jamais écrit de morceau.

Andy Fletcher > Martin écrivait des chansons depuis l'âge de 14 ans, il avait alors écrit des super morceaux, dont certains se sont retrouvés sur A Broken Frame.

Vince Clark > Je savais que Martin était doué, parce que je connaissais son groupe, Norman And The Worms. Il sortait un peu de l'ordinaire, il a un goût intellectuel et ça se reflète dans ses textes.

Daniel Miller > Cela aurait était bizarre de faire un deuxième Speak & Spell étant donné la nature des chansons de Martin. Je ne crois pas que cela aurait marché, ils voulaient élargir leurs horizons et travailler de manière différente.

 

Andy Fletcher > On l'a enregistré comme on enregistrerait un album de nos jours, on n'avait pas joué ces morceaux en concert, il fallait les assembler de A à Z.

Dave Gahan > Neil savait qu'il allait être difficile de passer à la radio, évidemment, ils ont détesté. A ce moment là, on était déjà détestés des programmateurs radio qui nous reprochaient d'être trop lugubres.

Neril Ferris > Je ne crois pas que See You ait aussi bien marché que je l'espérais, il aurait pu faire plus. On est passé à la radio, on a fait de la télé... De la télé qu'on aurait pas dû faire, ce qui est probablement ma faute, mais je voulais tant faire avancer le groupe, pour le faire connaître et le faire passer dans l'arène supérieure, on a fait des trucs, avec le recul, que je n'aurais pas laissé faire si j'avais eu plus d'expérience.

Daryl Bamonte > See You, le premier 45 tours de A Broken Frame, était sûrement plus pop que les 45 tours de Speak & Spell, d'une certaine façon, mais de nombreuses autres chansons de A Broken Frame sont plus sombres.

 

Martin Gore > Nous sommes dans l'ensemble très pessimistes. Pendant une certaine période, nous nous sommes sentis invincibles, et quand The Meaning Of Love est sorti, on pensais qu'il cartonnerait.

Andy Fletcher > Je me souviens qu'il est entré au hit parade à la 5e place, on pensait qu'il allait prendre la tête du hit parade, on est sortis de l'avion et on a regardé le hit parade : il était à la 17e place.

Martin Gore > C'était notre premier échec, bien qu'il se soit bien vendu, c'était une déception après le succès de See You.

A l'époque, les pochettes ont été le 1er signe que le groupe avait autre chose à offrir. A cette époque, beaucoup de journalistes avaient fait les Beaux-Arts et ont fait le rapprochement. Ces mecs-là ne font peut être pas de musique, mais ils commencent à bien connaître d'autres domaines.

Brian Griffin (Photographe) > C'était remarquable, quand j'ai vu les polaroids, je n'y ai pas cru, je les ai développés puis Daniel est venu au studio de Rotherhithe.

Daniel Miller > Je les ai regardés sur le caisson lumineux, je les ai trouvés fantastiques, ils étaient incroyables.

Martin Gore > Quand on a vu la pochette, on a trouvé l'image superbe, et elle a gagné des récompenses.

Andy Fletcher > Elle a reçu le prix de la "pochette de l'année", c'était vraiment une image extraordinaire, fantastique. On se rattrapait après Speak & Spell.

Dave Gahan > Je trouve que c'est une des meilleures choses qu'on ait faites.

Brian Griffin > C'est la meilleure photo couleur que j'ai prise, j'irai même jusqu'à vous mettre au défi d'en trouver une meilleure.

 

Martyn Atkins (Art Director) > Brian avait une idée de photo d'une personne cassant le cadre de la photo, mais je voulais le diriger d'avantage vers une iconographie Russe, parce que j'aimais bien ce style, et Danny aussi.

Brian Griffin > On a beaucoup débattu à ce propos, je dirais donc que c'était une idée développée en commun. On est tous partis dans ce bus de repérage, avec mon assistant, Stuart Graham, et Jackie Fry, la paysanne de la photo, et il pleuvait des cordes, c'était horrible. Or en photographie, la pluie peut être bénéfique, parce que quand elle s'arrête, le ciel prend une apparence intéressante.

Martyn Atkins > On a eu des tempêtes de grêle, de la pluie et toutes sortes de choses, mais Brian est si vaniteux qu'il vous dira sûrement qu'on lui doit tout. Ce n'est pas vrai, Brian !

Brian Griffin > Martin Atkins est venu sur sa moto, et nous a dit : "Il faut que j'aille manger". Il est parti manger quelque part en moto et la pluie s'est arrêtée.

Dave Gahan > c'était comme il dirait : "Magique".

Martin Gore > Pour moi l'album n'est pas homogène, j'avais écrit certaines chansons quand j'avais 16 ans et on les transformait en morceaux d'électro. J'écrivais encore certains morceaux dans le studio, je pense personnellement que c'est notre album le moins réussi.

Dave Gahan > C'était si difficile pour nous à l'époque, avec le recul. On avait perdu notre auteur-compositeur, quand tu fais un deuxième album, tu te fais massacrer de toute façon, quoi qu'il arrive, et on a fait ce disque sombre et étrange.

Daniel Miller > Peut être que Leave In Silence était une réaction à cela, ils ont choisi quelque chose de beaucoup plus sombre, c'était le début de leur phase soit disant sombre, Leave In Silence. Or, ils sont encore dans cette phase.

 

Andy Fletcher > J'ai de très bons souvenirs de Leave In Silence, elle a marqué un tournant pour nous, on s'est aperçu qu'il y avait peut être une manière d'avancer.

Dave Gahan > Cette atmosphère nous convenait mieux, c'était là que se situait Martin au point de vue mélodique, j'ai toujours pensé que Martin compose de très belles mélodies ; ses paroles, elles, sont plus mélancoliques.

Neil Feriis > Il ne s'agit pas d'un groupe de pop avec des chansons nulles de trois minutes, ce groupe est la pour durer, et on veut aller le voir en concert

Daniel Miller > Leave In Silence s'est faite très rapidement, on a trouvé notre rythme. L'un de mes morceaux préférés sur ce disque était The Sun And The Rainfall, j'adore cette chanson.

Andy Fletcher > C'est une bonne chanson, mais je trouve que les dernières chansons des albums se perdent toujours, cette chanson en est un exemple typique, on l'oublie parce que c'est la dernière de l'album.

Chris Carr (UK Press Agent) > On a commencé à voir qu'ils progressaient, qu'ils n'allaient pas disparaître, qu'il y avait des forces puissantes à l'œuvre et que le groupe continuait d'avancer dans la direction choisie et qu'il sortait de ses murs à son propre rythme, c'est leur sens inné du timing. Il devenait évident qu'ils étaient la pour durer.

 

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